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« On peut sans doute comparer la distinction entre la génétique et l’épigénétique à la différence entre un livre et sa lecture. Une fois que le livre est écrit, le texte (les gènes) seront les mêmes dans tous les exemplaires. Cependant, chaque lecteur d’un livre donné aura une interprétation légèrement différente de l’histoire, qui suscitera en lui des émotions et des projections personnelles au fil des chapitres. D’une manière très comparable, l’épigénétique permettrait plusieurs lectures d’une matrice fixe (le code génétique), donnant lieu à diverses interprétations, selon les conditions dans lesquelles on interroge cette matrice. »

Thomas Jenuwein (Institut Max Planck d’immunobiologie et d’épigénétique, Fribourg, Allemagne)

Il existe donc des facteurs, autres que le code génétique lui-même, qui orientent et déterminent la croissance cellulaire. Qu’est-ce qui influe ainsi sur la présence ou l’activité des protéines ouvrières de la cellule ? On a découvert que ces influences opèrent au niveau des gènes en les activant ou en les désactivant. Les gènes qui sont actifs ne sont pas les mêmes selon les organes et tissus. Dans les cellules du cerveau, les gènes qui fabriquent les cellules du cœur sont inactivées et inversement. Ainsi, dans chaque tissu biologique, seulement 10 à 20 % des gènes sont actifs. Seuls les gènes qui assurent les fonctions communes à toutes les cellules, comme absorber de la nourriture, la transformer, grandir et se diviser, sont actifs dans toutes les cellules. Reste à savoir par quel facteur, par quel procédé un gène peut être rendu actif ou inactif selon son environnement.

Le fonctionnement de notre corps est donc régi à la fois par le code génétique et par la configuration épigénétique, on dit encore empreinte génomique. C’est-à-dire d’un ensemble de commutateurs qui activent ou désactivent ces gènes. L’épigénétique permet donc d’échapper partiellement à une certaine fatalité génétique (Wahli). C’est l’interaction du génotype et de l’environnement qui va déterminer le « phénotype » d’un individu, c’est-à-dire toutes les caractéristiques anatomiques, physiologiques et moléculaires qui font que chacun de nous est unique, alors que tous partageons 99,80 % de gènes identiques.

Les molécules des commutateurs

Les commutateurs qui contrôlent l’activité des gènes sont de petites molécules qui viennent se fixer sur certaines parties de l’ADN. Les scientifiques ont découvert que l’ADN pouvait être modifié épi génétiquement, par l’accroche de petits groupes moléculaires, soit sur l’ADN lui-même, soit sur les protéines histones qui lui sont associées. Dans le processus de méthylation de l’ADN, les enzymes (encore des protéines !) présentes à l’intérieur de la cellule déposent une petite molécule sur un gène en vue de le désactiver, à la manière du capuchon d’un stylo. Cette molécule rend le gène illisible. C’est-à-dire que l’activité du gène est contrôlée par la présence ou l’absence de ces protéines, lesquelles à leur tour sont régies par des signaux de l’environnement. L’épigénétique a changé notre compréhension de la vie cellulaire en profondeur. Il est d’ores et déjà, nous explique Bruce Lipton, possible de créer plus de 2 000 variantes de protéines à partir d’une même matrice génétique. Mais surtout, de très nombreuses études montrent que les facteurs environnementaux, alimentation, stress et émotions notamment, peuvent non seulement altérer la duplication du matériel génétique, mais modifier les gènes eux-mêmes.

Le fait que l’environnement altère la configuration génétique démontre qu’elle n’est pas immuable. Il suffit de changer des conditions de vie, alimentation, exercice physique, stress, pour qu’elle se dégrade. Mais alors, l’inverse est également vrai. On peut modifier, améliorer, en adoptant une bonne hygiène de vie, une configuration épigénétique qui échoue à assurer une bonne santé.

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