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La génomique nutritionnelle, ou encore nutrigénomique, s’intéresse à l’action directe qu’exercent les aliments sur les gènes et sur leur expression, c’est-à-dire sur la façon dont ils sont mis en activité.  Par exemple, si vous mangez une pizza, on va étudier comment cette pizza sélectionne une partie de vos gènes, les active, et influence votre métabolisme. Chaque aliment a ainsi une sorte de « signature génétique ». Les constituants d’un régime alimentaire agissent comme des signaux qui régulent l’activité des gènes. De quelle manière ? Les micronutriments issus de l’alimentation sont soit incorporés par les cellules et transportés dans le noyau où ils se lient à des facteurs de transcription, soit ils vont exercer une influence directe sur l’expression des gènes.

La « nutrigénetique » fait l’inverse. Elle s’intéresse à l’action de nos gènes sur notre alimentation et notre façon de manger. Pourquoi, par exemple, constate-t-on une disparité entre certains, qui grossissent alors qu’ils mangent très peu, et d’autres qui peuvent dévorer sans prendre un gramme. Grâce aux techniques actuelles, on peut définir des sous-populations qui regroupent des personnes présentant une composition génétique qui les rend susceptibles de développer certaines maladies, afin d’essayer de mieux adapter leur régime alimentaire. Ces génotypes ont été identifiés pour de nombreuses affections comme, par exemple, l’intolérance au lactose qui touche 1 à 5 % des européens du Nord et que l’on trouve dans neuf sur dix des pays d’Afrique et d’Asie.

Les promesses de la nutrigénomique

On comprend mieux aujourd’hui l’influence qu’ont nos gènes sur l’apparition de nos maladies et sur notre vieillissement. Mais en même temps, les chercheurs sont chaque jour davantage confrontés à l’incroyable complexité de cette influence génétique. D’autre part, le risque de développer une maladie est étroitement dépendant de facteurs environnementaux. Ainsi, les facteurs génétiques et les facteurs environnementaux, contribuent-ils tous deux à l’apparition d’un dérèglement métabolique ; mais leur contribution respective reste très difficile à déterminer.

C’est dans ce contexte qu’interviennent la nutrigénomique et la nutrigénetique, et elles seront amenées à jouer un rôle de plus en plus déterminant. D’une part la nutrigénetique met en lumière de nouveaux « gènes candidats », capables de créer une prédisposition à une maladie. D’autre part la nutrigénomique nous fait comprendre l’importance de l’alimentation dans l’apparition puis la progression d’une maladie.

 On a étudié les risques pour la santé de la consommation de café, et les résultats se sont avérés pour le moins contradictoires, certaines études disant que le café est mauvais pour le cœur et d’autres affirmant le contraire. Une approche nutrigénetique a permis d’apporter une réponse définitive. La consommation de café crée un risque d’infarctus du myocarde chez les personnes qui présentent un polymorphisme spécifique induisant la perte du cytochrome P450 1A2, une protéine de détoxification de la caféine.

L’alimentation exerce une influence considérable sur la prévention, ou inversement sur la promotion, de nombreuses maladies associées au vieillissement : cancers, maladies dégénératives et inflammation silencieuse. Le rôle de la nutrigénomique se situe dans les phases précoces de la maladie, elle permet de freiner l’évolution des premiers symptômes, et de promouvoir un retour à l’homéostasie. À cette fin elle a besoin de marqueurs biologiques fiables, capables de déceler une déviation, si infime soit-elle. Les nanotechnologies commencent à produire cette génération de marqueurs biologiques.

La nutrigénomique est à la base de l’émergence d’une médecine prédictive et individualisée. Cette médecine, qui vise à évaluer les risques de chacun face aux maladies, avant leur apparition, et à détecter, grâce à des biomarqueurs, les molécules qui nous indiquent les stades précoces de dérèglements, est ensuite capable de formuler des recommandations nutritionnelles.

Plus encore : les interactions entre médicaments et aliments sont très nombreuses et doivent être prises en considération pour déterminer les conditions de la mise sur le marché des médicaments. Certains nutriments peuvent se lier à des médicaments et les rendre inefficaces. Par exemple le calcium et le fer contenus dans les aliments réduisent l’absorption de certains antibiotiques, et la vitamine K peut interférer sur certains anticoagulants. On peut avoir des brûlures d’estomac après avoir pris des anti-inflammatoires (ou de l’aspirine) en association avec certains agrumes. Grâce à la nutrigénomique on peut d’ores et déjà définir des prescriptions alimentaires dont les natures et proportions vont permettre de créer des armes très efficaces pour améliorer des traitements comme la chimiothérapie ou les antirétroviraux, dans la lutte contre le sida.

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