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Restriction calorique et longevité 0

« Si on mange moins, on vieillit moins ! »

Oui, vous avez bien lu ! Si on mange moins (en termes de calories), on améliore fortement nos chances de rester plus longtemps en vie… et en bonne santé.

La restriction calorique représente la méthode la plus étudiée, de manière scientifique, depuis plus de quatre-vingt ans. Tout a commencé en 1930, lorsque des scientifiques de l’Université Cornell, États-Unis, ont découvert que des rongeurs, soumis à un régime de quasi famine, vivaient jusqu’à 50 % de plus que la moyenne de leurs congénères ; et que pendant cette période d’hyper longévité ils ont maintenu des niveaux d’activité d’adultes jeunes tout en montrant un retard significatif de l’apparition des maladies liées à l’âge.

En 1989, des chercheurs ont lancé une étude très importante sur des singes rhésus. Le choix de ces animaux a été fait parce qu’ils montrent des caractéristiques biologiques et un processus de vieillissement très proches des humains. Les singes ont été répartis en deux groupes. Une moitié d’entre eux a pu se nourrir normalement, sans contrainte. L’autre moitié a été soumise à une alimentation 30 % plus faible en calories que celle qu’elle aurait normalement consommée. Au bout de vingt ans, 30 % des sujets témoins étaient morts de causes liées au vieillissement, contre seulement 13 % dans le groupe soumis à la restriction calorique. En d’autres termes, la restriction calorique a divisé par trois le risque de maladies dégénératives. On a noté une diminution des indicateurs de risques cardiovasculaires, comme la pression artérielle et le taux de triglycérides, une amélioration de la glycémie et une incidence réduite des cancers. Celle des maladies cardio-vasculaires a été moitié moins importante. Les animaux soumis à la restriction calorique ont perdu du poids en graisse, mais sans subir la perte de masse musculaire observée dans l’autre groupe. Aucun primate de ce groupe n’a montré de symptômes de perturbation du contrôle de la glycémie ni de diabète, alors que 40 % des singes qui avaient mangé autant qu’ils le voulaient étaient pré-diabétiques. La restriction calorique a aussi inhibé la réduction du volume cérébral, plus particulièrement dans les zones qui gouvernent les fonctions motrices et cognitives. Les primates soumis à une restriction calorique étaient donc plus alertes et en meilleure santé que leurs congénères qui se sont nourris sans contrainte. Bien évidemment la question que se sont posée tous les chercheurs était : pourquoi ?

Pourquoi la restriction calorique possède-t-elle toutes ces vertus bienfaisantes, non seulement sur les singes rhésus, mais aussi sur l’homme, comme on le constate à Okinawa, l’île des centenaires, ou dans certains villages de Sardaigne, de Grèce et même de Californie ?

Pour comprendre il faut, encore une fois, revenir à nos gènes. Certains gènes peuvent être inactifs toute notre vie… à moins qu’un danger ne survienne qui puisse mettre en péril le sujet ou l’espèce. À ce moment précis, une certaine catégorie de gènes va être activée : ce sont les gènes de survie. Ces gènes ont pour mission de protéger l’espèce animale dont ils sont issus.

Des chercheurs ont identifié une famille de gènes, appelés sirtuines, présents dans les tissus de presque toutes les formes de vie, des organismes unicellulaires aux plantes et aux mammifères. Le vieillissement est un mécanisme très réglementé, génétiquement contrôlé par ces gènes, qui ont pour rôle d’activer la production d’une protéine-enzyme spécifique appelée enzyme SIRT. Cette enzyme, une déacétylase, améliore la stabilité de l’ADN et inhibe la formation d’ADN anormal.

Des données, de plus en plus nombreuses, suggèrent que les sirtuines régulent métabolisme énergétique et signalisation endocrinienne. Les gènes sirtuines sont également activés par un large éventail de signaux, réponses à des stress, comme des périodes de famine ou de restriction calorique. Ce qui suggère qu’ils jouent un grand rôle dans la physiologie des mammifères. Ils sont connus pour agir comme des gènes gardiens, qui protègent les cellules et augmentent leur survie. Leur action débute lorsque des signaux extérieurs indiquent une détérioration des conditions environnementales. Ces gènes de longévité s’éveillent alors pour induire des modifications défensives au niveau cellulaire, comme celles qui consistent à ralentir le métabolisme et à augmenter la respiration cellulaire, pour aider l’organisme à s’adapter à un programme de survie plus favorable. On a également montré qu’un second Sirtuine, le SIRT2, trouvé dans la levure, devient activé lorsqu’il est soumis à un stress : il augmente la stabilité de l’ADN et accélère la réparation cellulaire, tout en accroissant la durée de vie globale des cellules. De façon plus générale, l’activation des sirtuines augmenterait la sensibilité à l’insuline et à la lipolyse, diminuerait l’inflammation et jouerait un rôle préventif dans les maladies neurodégénératives et l’installation du cancer.

Même de brèves périodes de restriction calorique peuvent améliorer notre santé et notre longévité. Walter Breuning, un citoyen américain du Montana, est mort à l’âge de 114 ans : sa recette de longue vie ? Une journée de jeûne par semaine pendant presque toute sa vie.

Depuis la publication, en février 2012, d’une étude expérimentale évaluant chez la souris l’effet du jeûne sur des tumeurs cancéreuses (Lee, 2012. Fasting cycles retard growth of tumors and sensitize a range of cancer cell types to chemotherapy), nombreuses sont les personnes qui se posent la question de l’intérêt de cette pratique chez les patients atteints de cancer.

Les résultats ont montré que :

– deux cycles de jeûne retardaient la croissance de certaines cellules cancéreuses, du sein, du mélanome, du gliome, aussi efficacement que la chimiothérapie.

– la combinaison du jeûne et de la chimiothérapie favorisait les cassures d’ADN dans les cellules cancéreuses, ce qui potentialisait les effets de la chimiothérapie, c’est-à-dire en augmentait l’efficacité.

Davantage encore : de multiples cycles de jeûne permettraient d’augmenter la sensibilité des cellules cancéreuses aux traitements chimiothérapiques, ce qui accroîtrait la survie globale des souris, et leur survie sans progression de la maladie. Le jeûne favoriserait l’activité de régulation des gènes impliqués dans la croissance des cellules normales comme des cellules cancéreuses. Une réduction du nombre de cellules cancéreuses a ainsi été observée in vitro.

Les chercheurs de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA) ont démontré qu’un jeûne périodique, mais prolongé, entre trois et quatre jours consécutifs, non seulement protège notre système immunitaire contre les dégâts environnementaux, mais également accentue la régénération du système immunitaire endommagé, en recyclant les vieilles cellules immunitaires et en stimulant la production de cellules souches. Cette étude est particulièrement importante non seulement pour les sujets immunodéprimés mais aussi pour les sujets atteints de maladies auto-immunes.

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